Enseignant

Frédéric DAMBACH, 6e Dan, ancien international

Enfant casse-cou, c’est sa mère qui pousse Frédéric au judo afin de canaliser une énergie à l’étroit dans son appartement parisien. Il a alors 8 ans, lorsqu’il pénètre dans le dojo pour y rencontrer celui qui sera et restera tout au long de sa vie son professeur, Serge Videau. Ce petit bonhomme, 1m67, 65kg, pratique un judo tout en finesse et déplacement, héritage direct des plus grands noms du judo japonais, notamment Ishiro ABE, aujourd’hui 10e Dan et plus haut gradé au monde encore en activité.

D’emblée fasciné par l’extraordinaire richesse de la discipline, Frédéric va progressivement en explorer toutes les facettes.
La compétition tout d’abord, puisqu’il entre en équipe de France à 15 ans et décroche son 3e Dan alors qu’il n’a que 20 ans. Il s’en suivra une dizaine d’années au plus haut niveau. Durant cette période, il n’aura de cesse de se perfectionner en puisant directement à la source lors de nombreux séjours au Japon.

Mais c’est la dimension technique de la discipline qui le fascine le plus et qui va le pousser, très tôt, vers l’enseignement. Professeur dans de nombreux clubs franciliens, il acquiert progressivement une notoriété et développe une expertise qui lui a valu d’être nommé haut-gradé. La reconnaissance de ses compétences dépasse maintenant l’Hexagone et l’amène à intervenir régulièrement dans différents pays.

Depuis quelques années, les aspects « santé, pédagogie et culture » prennent une part plus importante dans son enseignement.
C’est ainsi qu’il a mis en place, depuis 2015, à destination des professeurs de judo, des matinées d’échanges pédagogiques, ainsi que des séjours d’étude à l’étranger permettant de rencontrer et d’échanger sur les méthodologies d’enseignement mais également, en partenariat avec un médecin, des séances dédiées à des personnes à mobilité réduite. Il intervient également ponctuellement à la prison de Fleury-Mérogis.

Aujourd’hui, la constitution d’une association ayant notamment pour objectif d’intégrer des déficients visuels s’inscrit tout naturellement dans une carrière dévolue à l’enseignement, au partage et au développement du judo dans toutes ses dimensions, physique, intellectuelle et morale.

 

La vision du judo de Frédéric DAMBACH

« Lorsqu’il crée en 1882, sur la base des anciens ju-jitsu, le judo, Kano recherche avant tout une méthode gymnique qui puisse développer harmonieusement un corps « utile dans la vie quotidienne ». Il synthétisera plus tard sa méthode en énonçant, en 1922, le premier principe de « la meilleure utilisation de l’énergie », qu’il convient d’appliquer dans toutes les situations de combat (et même en toutes circonstances, car Kano l’entend aussi bien sur le tatami que dans la vie quotidienne). Ce qui est loin d’être simple.
Il faut tout d’abord privilégier le durable sur l’éphémère. Développer, par exemple, une force qui inexorablement s’amenuise avec le temps est en contradiction flagrante avec ce premier principe. De même pour la vitesse. Cela ne signifie pas que la puissance est à proscrire, mais impose d’être parcimonieux, presque avare de ses propres ressources au moment même où l’on en dispose le plus. Cela impose de faire le choix conscient de la faiblesse.

Conséquence de ce postulat, le judo, par essence, se propose à tous, indépendamment de l’âge ou d’une quelconque robustesse ou endurance. Et, puisqu’on est toujours « suffisamment faible » pour pratiquer, il s’adresse également aux personnes en situation de handicap.

Plus concrètement, 38 années d’enseignement me permettent d’affirmer que le judo développe équilibre, coordination, proprioception, force, endurance et résistance.
Pratiqué dans cet esprit, c’est un sujet d’étude et de perfectionnement sans fin, qui peut déboucher également sur une transformation des mentalités ainsi que l’a voulu son fondateur lorsqu’il définit en 1925 le second principe sous-tendant la pratique achevée, « entraide et prospérité mutuelle ».

En effet, en s’engageant dans la voie exigeante de l’efficience, le judoka réalise que la perfection qu’il cherche (les spécialistes de l’enseignement estiment qu’une expertise dans un art nécessite 10 000 heures de travail dédié), déjà quasi-inaccessible dans son domaine de prédilection, est totalement illusoire dans tous les autres. Il comprend dès lors qu’il va lui falloir composer avec autrui. Pour cela, plusieurs possibilités s’offrent à lui. Il peut, par exemple, acheter ou louer une compétence, ou encore obliger d’une façon ou d’une autre un tiers à rendre un service. Mais si l’on reste fidèle au premier principe, il est évident que le plus efficient consiste à obtenir une aide franche et gratuite, laquelle ne sera possible que si le donateur a l’intime conviction que, le moment venu, il recevra la pareille. L’entraide assure ainsi la prospérité mutuelle.

C’est ce judo riche, complexe mais ouvert à tous, incluant les dimensions corporelles et morales, que j’ambitionne de proposer à mes élèves. »

 

Egalement une autre approche de Frédéric Dambach sur la Ligue Occitanie de Judo, sous l’égide d’Yves Cadot, sur le thème :

Le Randori, pour quoi faire ?

 

Du Dojo au plus haut niveau, ayons l’ambition de l’excellence
« Le Judo est une culture qui se transpire de génération en génération »…

https://www.stagesjudo.org/l-ambition-de-l-excellence/

 

Réflexion après les Jeux Olympiques 2020

Les jeux sont terminés. Des centaines de judokas ont donné le meilleur d’eux-mêmes dans la discipline où ils excellent. Que nous a-t-il été donné de voir ?

  • Beaucoup de « matchs » gagnés à l’épuisement, lors de « golden score » dantesques qui sont allés jusqu’à quadrupler le temps de combat total ;
  • Enormément de fausses attaques. Peu de (vrais) ippon ;
  • D’interminables batailles de kumikata, ponctués de pénalités ;
  • Trop d’actions confuses valorisées par des waza-ari imaginaires.

Si l’engagement était présent, et il l’était, la magie du judo, elle, était absente. Comment l’expliquer ?

Il serait (trop) facile et injuste de mettre en cause les judokas, de critiquer leur attitude ou de mettre en doute leur niveau technique. J’ai peine à croire qu’un Ono, ou de nombreux autres judokas talentueux, se limitent volontairement à deux attaques en quatre minutes. L’enjeu stresse, c’est certain, mais il n’explique pas tout. A ce niveau de compétition, si un combattant n’attaque pas, c’est qu’il estime le ratio bénéfice/risque est défavorable. Et l’on doit alors se tourner vers l’arbitrage. Petit inventaire de ce qui ne tourne pas rond, à mon sens, dans l’arbitrage international :

  • De gros koka valorisés ippon : on s’en souvient, il y avait autrefois une gradation dans les avantages. Tomber sur les fesses coûtait koka, sur le coté yuko. Etre projeter avec force et vitesse sur le dos était valorisé d’un ippon, qui, s’il était imparfait se voyait rétrogradé au rang de waza-ari. Aujourd’hui tout est équivalent, tout est comptabilisé waza-ari. Or waza-ari signifie littéralement « il y a technique ». Les règles actuelles en viennent donc à accréditer l’idée qu’il n’y a pas de différence entre, disons, un croche pied poussif, et une projection mal contrôlée. Pourquoi dans ce cas s’évertuer à appliquer (et même à apprendre !) des techniques complexes ? Complexes et hasardeuses, car projeter l’adversaire implique la plupart du temps de lui tourner le dos ce qui expose au contre, contre d’autant plus plausible que les actions qui partent du sol sont désormais comptabilisées !
  • D’autre part, M. Zantaria ayant fait des émules, beaucoup de judokas sont de nos jours des gymnastes aguerris et les « réchap », qui sur la tête, qui sur le ventre, sont légion. Dans ce cas, l’action est tout bonnement ignorée. Cela est aberrant. En effet, satelliser un compétiteur de très haut niveau n’est pas donné à tout le monde. Cela implique de saisir le juste moment, d’exceller dans l’art du déséquilibre et du placement… Certes, s’il retombe sur le ventre le contrôle n’est pas parfait, ça ne vaut donc pas ippon, mais cela s’en approche. Et si l’on substituait au tatami amortissant l’asphalte d’un trottoir, dirait-on encore qu’il « n’y a pas technique » ?

Pour résumer, le compétiteur optimise ses chances de vaincre. Si, demain, le fait de poser une main au sol est sanctionné d’un hansoku-make, il va illico se transformer en sumotori.

  • Une survalorisation du physique. Puisque attaquer est trop risqué, il est beaucoup plus rentable de miser sur la faute. La pénalité la plus courante étant celle pour « non combativité », laquelle, à ce niveau, pardonne rarement. Encore faut-il s’accorder sur l’évaluation de la « non combativité ». Imaginons qu’un boxeur coure autour de son adversaire à toute vitesse et qu’aucun coup de poing ne puisse alors être échangé, lequel des deux refuse le combat ? La « non combativité » et la « fausse attaque » sont en effet inextricablement mêlées. Enchaîner les fausses attaques dans le but d’empêcher l’autre de s’exprimer peut s’avérer stratégie payante si l’arbitre ne la dévoile pas. Doublement payante même, car si l’adversaire n’a pas le temps d’attaquer, il cesse par définition d’être dangereux. Il reste que cette stratégie est extrêmement consommatrice en énergie et requiert donc un physique hors norme. Et comme de plus en plus d’Hercules rencontrent de plus en plus de Titans bodybuildés, cela donne des matchs interminables avec très peu de réelles attaques.
  •  Le kumikata-strophique. Le kumikata, c’est l’art de saisir le judogi à son avantage. L’importance accordée à cette phase du combat est devenue disproportionnée. L’essentiel du temps de combat est passé à tenter de saisir l’autre. Or, là encore, il est difficile de distinguer l’art de saisir de l’art d’empêcher de saisir.

Pour conclure, si l’on conjugue « l’art d’empêcher de saisir » à « l’art d’empêcher d’attaquer » on aboutit à une vérité aussi incontournable que problématique : Les règles d’arbitrage autorisent, voire incitent, à gagner un combat de judo… sans faire de judo !
Les règles d’arbitrage façonnent le compétiteur et, malheureusement, orientent également l’enseignement de demain.